Ivana Helsinki invente un nouveau style, «Le Fennofolk», inspiré de la pureté des paysages scandinaves et de la mélancolie slave. Après un été piquant comme un cactus en plein désert, très «Diamond, stripes and revolver» - où les géométries sont ponctuées de cœurs et de colts , l’hiver promet quelques envolées de plumes, imprimé récurrent de la collection, pour des filles oiseaux qui ne demandent qu’à se servir de leurs ailes.
- Caroline Cornu -
Caroline
Cornu : Où trouvez-vous
votre inspiration ?
Ivana Helsinki : Je m’inspire de grands voyages en
voiture et d’histoires d’amour, vraies ou imaginaires. C’est
un long travelling sur des paysages arctiques, nordiques et mélancoliques,
où des Bambis perdus rencontrent des chasseurs violents, des scènes
de Western où de forts cow-boys retrouvent l’amour de leur
vie dans des motels déserts.
La nouvelle collection est la triste histoire d’une fille-oiseau
enfermée dans une cage mentale. Piégée par une histoire
d’amour, un engagement, une bague de fiançailles.
CC
: Quand avez-vous commencé, quand s'est révélé
votre goût pour la mode, les vêtements ?
YH : J’ai commencé en 1998. Je souhaitais
inclure la mode dans un projet artistique global : musique, film et mode
; mes robes sont comme des souvenirs de vacances de mon univers artistique.
CC : Où vivez-vous, où travaillez-vous
? Avec combien de personnes ?
YH : Je vis et travaille à Helsinki, avec une quinzaine
de personnes dont ma sœur qui est mon bras droit. Mais pour toutes
les questions artistiques, c’est moi seule qui décide ; je
suis une dictatrice du visuel.
CC : Combien avez-vous réalisé de collections
?
YH : Nous avons déjà 20 collections derrière
nous et je navigue entre différents projets… de la porcelaine
au court-métrage.
CC : Qu'est-ce que vous aimez dans votre ville ?
YH : J’aime la mer et les îles en face d’Helsinki.
J’adore les saisons qui changent : les longues nuits d’été,
les tempêtes de neige, les brutaux vents d’automne, et les lumières
du printemps ; j’aime le quartier gitan, la place du marché
et tous les vieux marchés.
CC : Les mouvements artistiques qui vous inspirent,
vos égéries et muses ?
YH : J’admire Andy Warhol, en même
temps cool, une réussite commerciale et un artiste aux multiples
talents qui vit pour l’art. Ma muse pourrait être Nico
et, dans sa version moderne, Chloé Sevigny.
CC : Avez-vous une autre activité artistique
? Est-ce que vous vous sentez proche d’un mouvement artistique ?
YH : Je joue du tambour et de la guitare, et je me suis
enrôlée dans quelques groupes et différents projets
; nous réalisons des courts-métrages, ou du design, et nous
buvons beaucoup de champagne, comme les artistes finlandais aiment le faire.
CC : Qu’est-ce qui vous fascine ?
YH : Les histoires d’amour passionnées, les
voyages en voiture, les motels désolés, le soleil de minuit,
les villages du Nord, les robes à fleurs vintage, les gens qui ont
du charisme, les étoiles, la nature en Finlande.
CC : Quelles sont vos gammes de couleurs, vos coupes,
formes et matières pour la nouvelle collection ?
YH : Il y a beaucoup d’imprimés, le monde
de la couleur est très vaste, folk, robes d’indiennes et robes
en coton un peu strictes pour les joueuses de tambour.
CC : Quelle matière avez-vous envie d’expérimenter
?
YH : Pour la nouvelle collection, j’ai testé
une nouvelle technique. J’ai coupé de la soie imprimée
en lamelles, et j’ai utilisé chaque morceau pour créer
une toute nouvelle structure.
CC : Comment définir votre style ?
YH : Un mélange entre un style scandinave, de l’artisanat
slave, des imprimés d’artistes, des éléments
folk-rock… C’est féminin, un peu gitan et avant-gardiste
pour les rockeuses et les Indiennes.
CC
: Que raconte le film que vous avez réalisé ?
YH : C’est une fille seule qui se balance dans un
cercle, une bague, une alliance en fait. Elle est en cage, prisonnière
comme un oiseau. Or les âmes libres ne doivent jamais être enfermées…
Il faut les laisser libres d’aller où bon leur semble.
- Interview de Caroline Cornu -
- Traduction Véronique Amathe -